Archive pour la Catégorie 'Intentions'

Intentions

Je voulais écrire le sablier.
Devenir un ridicule grain de sable, qui a subi les frottements, l’éclatement, les brisures, vers le plus petit, l’unique, l’atome, la molécule.
M’écouler dans les bulles de verre reliées, dans un abandon lent, régulier, précis.
Et retourner le sablier, commencer un nouvel aller, commencer un nouveau retour.
Mais constant. Toujours le même aller, toujours le même retour.

Au moins un instant, le sablier gardera le temps, il le conservera à l’identique, le répètera, le répètera infiniment jusqu’à extraire les habitudes, les atavismes, les gènes. À contre des temps qui tracent tout droit, contre les minutes, les heures, les jours, les années. Les temps qui perdent pied.

Je sais que le marin triche. C’est le propre du marin, il n’est ni vivant, ni mort, il est marin. Il triche, il retourne les bulles de verre pour abréger son quart, on dit qu’il mange du sable. Il garde le temps, le conserve à l’identique, il lui tourne le dos, le nie.

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Baloum gwen, devant Bylot island

Je voulais écrire le sablier. Pas celui qui nous arrête quand on joue, pas celui qui décide de la cuisson de l’œuf. Quoi que, il n’est rien d’innocent dans la proximité de l’œuf, du grain de sable et du sablier. Je voulais écrire le sablier qui est dans le bateau.

Le jeu est grave, les choses sont vulnérables et s’altèrent. Alors, les souvenirs éclatent, les intuitions retrouvent des fils au détour de l’enfance qui revient, qui resurgit, au détour des désirs qui se rappellent, se reforment, s’ancrent.
Des désirs permanents, puissants. Des désirs d’océan.

À contre du reste de la vie. Celle qui ne s’est pas encore écoulée.
Sur la route, elle avait été découpée, ciselée, partagée, fourvoyée. Elle s’était retrouvée lointaine d’elle-même, égarée, morcelée, éparpillée.

Alors il fallait retourner dans ses rêves d’enfant, s’y projeter, s’y disperser, retrouver ses traces. Jules Verne et le centre de la terre, Melville et Moby Dick, Kerouac et la grande route. Retourner ses rêves d’enfant, commencer un nouvel aller, commencer un nouveau retour, les poursuivre, les rattraper un instant, au moins temporairement. Peut-être les dépasser aussi. Saisir de nouveau l’instant où les lectures, les rêves et la réalité allaient être de nouveau liés. Et en être. Pile là où les choses s’étaient jouées, au centre de la terre, dans le ventre de la baleine, à vingt mille lieues sous les mers. Sur la route, toujours sur la route, une constante, une note constante, une note tendue, ininterrompue.

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Panorama du froid, Praha © Jochen Gerner

Et plus loin, une fois que les choses se sont brisées, se sont éclatées, vers le plus petit, vers l’unique, vers l’atome, bien plus loin dans les récits d’aventure, de voyage, de l’exploration, il restait Jack London, avec le Nord, avec le très grand Nord. Et encore plus loin, bien au-delà des images, des représentations, des souvenirs, il restait l’énigme de la blancheur et du froid.
Là où j’étais, le printemps était encore sombre et brumeux et il fallait faire vite. Repartir à contre, retourner le sablier vers l’hiver, vers la blancheur, vers un voilier, vers l’Alaska.

Il était question de s’extraire, de s’engouffrer dans une petite brèche, un petit trou dans l’histoire et dans la géographie, une route maritime ni ouverte, ni fermée, parfois sans carte, parfois sans fond : le Passage du Nord-Ouest. J’allais m’engager sur les glaces flottantes, partir sur les plaines abyssales, découvrir le monde hyperboréen, me mêler des petits peuples du nord, retrouver la furie des mouvements, la vie du bateau, la violence de l’océan.




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