Archive pour la Catégorie 'La route sud'

Envies – désirs

Demain, avion.
Après demain Paris.

Premières envies ?
Des arbres.
Toucher un arbre, avec de l’écorce, du lichen, une odeur.
Des feuilles qui changent avec les saisons.
De la terre sans permafrost.

Deuxième envie ?
Toujours la même : du roquefort, du pain, et du vin. Pommard.

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Panorama du froid : Pirineo Aragonés – Valle de Gistau © Jochen Gerner

Troisième envie ?
Le sud.
Le vrai sud, celui qui commence en Patagonie.

Ni en mer, ni à terre

Ilulissat, pas dans le pub mais en dessous, après la porte coulissante, celle qu’on laisse entre ouverte, en bas des escaliers dégueulasses. Ce pourrait être au Panama’s Jack à Capetown, au Ti Beudeff à Groix ou chez Peter à Horta.

Il est de ces lieux singuliers, ailleurs, des lieux où la réalité n’entre pas, où les langues se délient rarement, on apprend à se taire, à écouter, où l’on respecte chacun, sa fragilité, son intériorité, ses silences.

Un plongeoir dans le dernier verre avant le grand départ, celui dont on reviendra différent, humble, changé.

Un phare, ultime recueillement avant l’immersion dans la vraie vie, celle des autres, ceux qui restent et qui nous attendent patiemment sans réellement comprendre pourquoi l’on est parti, ni pourquoi l’on revient.

Une écluse, parce qu’aucun terrien ne pourra ressentir ce qu’il s’est passé là-bas, en mer, alors il vaut mieux se vider ici avant de repartir. Des tempêtes ? Peut-être. Un grand calme ? Certainement. Mais qu’est ce qu’il se passe toute la journée là-bas ? Rien. Je pense, et puis au bout d’un moment, je ne pense plus ; je regarde l’océan

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Panorama du froid : Budapest – Atrium Hyatt Szàllò © Jochen Gerner

Ça pue la sciure, parfois le poisson pourri, ou bien un mélange d’algues et d’iode. Ça poisse sur les tables, il ne faut pas trop regarder dans les coins tant la crasse est intense. Ça respire la nostalgie, les rides, les visages tannés qui ont vieilli trop vite. La bruine est entrée, l’humidité s’est mêlée à la fumée, pourtant, dans tout ce flou, les regards sont perçants, vifs, brillants, le verbe est sec, la phrase courte, directe, cinglante comme un virement qui s’est passé trop vite.

Ce sont des mains calleuses, des mains énormes qui attrapent une pinte ou un verre de rhum. Ce sont des dos courbés qui se tournent lentement quand un ciré, encore salé, pousse la porte. Il faut le protéger, l’entourer avant qu’il largue tout pour un autre port, encore plus loin, de l’autre coté, ou pire, avant qu’il quitte ses bottes et retourne en ville.
Et puis, il faut le laisser repartir, seul, sans le juger.

Sas de recompression.
Ni en mer, ni sur terre, juste au milieu.

Immobilité et sédiments

Ilulissat, au bord du plus grand Icefjord d’Europe.

Il fallait attendre l’avion. Seule. A terre. Une grande semaine.
Retrouver des draps propres. De l’eau chaude à volonté. Des odeurs, des sons. Des fruits et des beefsteaks saignants.

L’immobilité avait d’abord été difficile à vivre. Ne pas repartir, ne pas reprendre la mer, ne plus larguer les amarres pour d’autres aventures, d’autres rencontres. Juste pour le déplacement, la profonde sensation de prolonger les éléments. D’aller plus loin, toujours plus loin, en soi, ici, ailleurs.

Le corps avait appartenu à ces mouvements et s’en trouvait perdu, ennuyé, délaissé. L’espace autour de lui était trop simple, normé, facile. Il tournait en rond ne sachant plus vraiment comment se mouvoir.

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Icefjord d’Ilulissat, 30 sept 2009

Et il n’y a plus eu rien à lire.
Les livres étaient même devenus un poids dont il fallait se débarrasser avant de refermer son sac. Heureusement pour eux, la bibliothèque populaire d’Ilulissat était d’accord pour ne pas les jeter. Désert du dernier Nobel de littérature les intéressait. Les Jorn Riel traduits en français ont beaucoup fait rire. La moitié des livres, soit environ cinq kilos et demi sont restés là-bas.

Il a fallu chercher comment continuer. Relire peut-être.
Relire ses notes aussi. Des notes anciennes perdues dans les tréfonds de l’ordinateur.
Fouiller, se promener, retrouver des bribes de pensées, de mémoires. Repartir d’ailleurs.
Et tomber sur quelque chose de bien plus grand que soi, lu trop vite, dans une autre vie.
Alors, j’ai compris que les lectures avaient pris le dessus depuis bien longtemps, que leur archéologie révélait leurs sédiments, qu’elles n’avaient aucune innocence. Qu’elles précédaient les plus importants déplacements, ceux qui orientent et structurent. Qu’il fallait parfois revenir vers elles.
Le Passage partait de beaucoup plus loin que ce que j’avais pressenti.
Il n’en finira jamais de s’élargir, de grandir, de se préciser.

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Panorama du froid : Berlin – Deutsche Oper © Jochen Gerner

On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s’être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu’ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer. Finies les grandes ou les petites guerres. Finis les voyages, toujours à la traîne de quelque chose. Je n’ai plus aucun secret, à force d’avoir perdu le visage, forme et matière. Je ne suis plus qu’une ligne. Je suis devenu capable d’aimer, non pas d’un amour universel abstrait, mais celui que je vais choisir, et qui va me choisir, en aveugle, mon double, qui n’a pas plus de moi que moi. On s’est sauvé par amour et pour l’amour, en abandonnant l’amour et le moi. On n’est plus qu’une ligne abstraite, comme une flèche qui traverse le vide. Déterritorialisation absolue. On est devenu comme tout le monde, mais à la manière dont personne ne peut devenir comme tout le monde. On a peint le monde sur soi, et pas soi sur le monde.

Gilles Deleuze, Felix Guattari, Mille Plateaux, Trois nouvelles ou “Qu’est-ce qui s’est passé ?

A Aasiaat, on rit.

Un rire simple.
Un peu rentré.
Un rire pour soi mais en regardant l’autre.

On rit en se retrouvant sur le quai du ferry. En se prenant dans les bras.
On rit parce la neige arrive et qu’on remet sa doudoune.
On rit parce que le sol glisse, ou qu’il pleut brusquement.
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Panorama du froid : Bielsa – Pirineo Aragones – Valle de Pineta © Jochen Gerner

On rit de soi. Beaucoup.
On rit en coupant le caribou parce que le sang descend jusqu’au coude.
On rit parce qu’on n’arrive pas à découper le caribou.
On rit parce qu’on arrive à découper le caribou.
On rit en sortant de l’école. Beaucoup.
On rit en regardant son ami amarrer son bateau.
On rit en regardant la pèche que ramène son ami.
On rit en se montrant des photos sur le téléphone portable.
On rit en regardant les photos sur le guide touristique.
On rit en essayant de prononcer mon prénom. On rit en m’entendant essayer de dire merci.
On rit en me demandant si je suis de Greenpeace.
En me demandant si je suis green.
Parce qu’ici, on n’est pas green.
Et on rit.

Mal de terre

Arrivée à Aassiat, port d’hivernage du Baloum Gwen

D’abord, il faut sauter sur l’échelle qui monte au quai. Et puis courir pour attraper l’amarre avant, un tour mort autour de la bite d’amarrage puis une demie clé, une autre, une demie clé à l’envers, parce qu’il n’est pas le temps de réfléchir à une nœud plus simple, puis courir pour attraper l’amarre arrière, un tour mort puis une demie clé, une autre… puis courir pour attraper la garde avant, un tour mort, puis une demie clé… puis la garde arrière, un tour mort…
Attendre de voir comment se comporte le bateau, imaginer comment sera le marnage en regardant les traces sur la grève parce qu’on n’a pas vraiment regardé l’annuaire des marées Groenland.
Le moteur tourne encore.
Le moteur s’arrête.

Les pieds sont posés sur le quai immobile, du moins théoriquement.
Parce que là, tout remue. Le sol s’en va, revient, monte et descend.
Parfois doucement.
Parfois violemment.

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Panorama du froid : Villy-en-Auxois – Maison de Repos « Le Château » © Jochen Gerner

Je respire, j’essaie de me dire que c’est fini.
Mais le sol s’en va obstinément, il remonte, redescend, tourne, rebondit.
A tel point qu’il est plus sérieux de retourner vite au bateau, reprendre l’échelle et de s’allonger.

Cette fois-ci, le mal de terre durera trois jours. Trois jours pendant lesquels je n’ai pas pu vraiment manger. Trois jours dans le sommeil.

Au bout de trois jours, je me suis promenée sur la terre ferme, j’ai respiré, j’ai essayé de me dire que c’était fini.
J’ai pu manger un plat chaud entier.
Mais rien n’est fini.
Il faut trois mois paraît-il pour revenir à terre.

Je suis ici

Je suis en Baie de Baffin, il fait nuit et les icebergs m’inquiètent.
Je regarde, je me rappelle. Je vais chercher de la force au plus loin.

J’ai seize ans.

Je suis sur un petit catamaran, juste un peu trop grand pour moi.Si je dessale, je ne suis pas sûre de pouvoir le remettre sur l’eau.
Mais le vent est parfait, j’attache mon harnais au trapèze, je sors du bateau, seuls mes pieds sont sur la coque. Je trouve la position juste pour équilibrer le bateau. Si je pousse un peu la barre, le flotteur au vent sort de l’eau, si je tire, il garde sa gite, si je tire trop, il revient à plat. Je tente de rester en l’air le plus longtemps possible. Pas trop haut, sinon le vent risque de prendre le dessous du trampoline et là, il n’y aura plus rien à faire.

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Panorama du froid : Les Aiguilles de Chamonix © Jochen Gerner © Jochen Gerner

Le vent reste constant, parfait continue. La houle se lève, petite, précise, régulière.
Et une vague me soulève, m’emporte, moi, le bateau, dans une gîte calmée.
Combien de temps, une éternité, plusieurs éternités.
Je trouve la position juste, il ne faut plus bouger, il ne faut plus toucher à la barre.
Il a produit suffisamment de vitesse pour produire une petite couche d’air entre lui et la mer et pour monter au-dessus de la vague. Le bateau est parti au planning.

L’adrénaline peut-être, un premier shoot dont je ne me remettrais jamais. Cela a commencé par les jambes, un grand tremblement. Et puis c’est monté, monté, monté.
Un premier shoot que je rechercherais pendant des années.
Le bateau redescend.

Je sors de la vague, il ne se passera plus rien aujourd’hui. Je rentre le plus vite possible, sors le bateau de l’eau, affale les voiles et cours pour me retrouver seule le plus vite possible.
Les tremblements n’ont pas faibli.
Je m’allonge.
Ils continuent à grandir.

J’ai vingt ans.
Je suis sur un first 29 au large de Sainte-Lucie.
Il est cinq heure du matin, voilà quelques semaines que je suis partie avec un ami.
Je le vois peu, nous ne sommes que deux, sans pilote, nous avons décidé de toucher la terre le moins longtemps possible. Alors nous alternons les quarts l’un après l’autre.
Le jour va se lever dans la houle longue de l’Atlantique.

Un Dauphin commence à s’amuser à l’arrière du bateau. Il me regarde.
Le vent est constant, j’attache la barre et je m’allonge tout à l’avant, à la proue.
Le Dauphin m’a suivi.
Il s’amuse avec la vague d’étrave.
Puis un autre et encore un.
Ils peuvent rester là, je retourne à l’arrière.

Un quatrième dauphin décide de rester avec moi, à l’arrière. Il sort de l’eau au creux de la houle juste au niveau du bateau.
Puis un autre et encore un.
A tribord, à bâbord.
De plus en plus de Dauphins sur les vagues à l’arrière, à l’avant.
Des dauphins à perte de vue pendant que le jour se lève.

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Panorama du froid : Chamonix – Mont Blanc © Jochen Gerner

J’ai vingt cinq an.
Je suis au milieu de l’Atlantique nord entre les Canaries et les Antilles, sur un bateau en acier, lourd et sans âme.
J’ai passé trois mois sur une île quasi déserte avant de prendre la mer.
Voilà trois semaines que nous sommes en mer.
J’ai un quart de trois heures, je vais dormir sur le pont dans le sac à spi pendant trois heures, je vais ensuite dormir trois heures dans une bannette que je partage avec l’autre équipier.
Hier dans la journée, nous étions tellement encalminés que nous nous sommes baignés.
J’ai pris un masque de plongée mais les abysses ne laissent passer la lumière que dans une toute petite surface. Sous l’eau, il n’y avait que quelques rayons de soleil. La carte indiquait plus de quatre milles mètres de fond.
Hier, dans la nuit, dans le sac à spi, j’ai rêvé que je volais. Je volais pendant trois heures, au raz de l’eau, avec les courants, les ascendants.

Je ne suis pas de quart. Je suis à l’avant du bateau, je regarde l’océan, appuyée contre le sac à spi, je suis éveillée.
Il n’a plus rien à me dire que je ne connaisse déjà, que mon corps n’ai intégré. Même sur ce lourd bateau, il ne me la raconte plus.
Alors, le corps s’en va, il peut enfin aller plus loin. Il se lève, s’échappe du bateau et s’envole au raz de l’eau, avec les courants, les ascendants.

J’ai vingt-huit ans.
Je suis au milieu de l’Atlantique sud entre l’Afrique du Sud et le Brésil.
Nous sommes trois à bord, j’ai ma propre cabine et je peux dormir six heures de suite.
Nous sommes partis de Captown depuis plus de trois semaines, nous avons fait une toute petite halte à Saint-Hélène.
Je sais entendre les dauphins avant qu’ils ne sortent de l’eau.
Je sais voler si j’ai envie.

J’ai trente cinq ans.
Je suis en Baie de Baffin, il fait nuit et les icebergs m’inquiètent.
La mer est très forte, je ne sais plus la force du vent.
Un iceberg en particulier m’inquiète.
Je ne sais pas s’il va dériver, s’il va dériver plus vite que moi.
Alors je parie que non et il faudra le passer sous son vent, il faudra parier qu’il ne rendra pas trop de growlers, que j’aurais le temps de les voir.. Il faudra parier que le vent ne va pas trop varier et que la dérive va me permettre de ne pas jouer au Titanic. L’adrénaline est revenue.
Je suis en Baie de Baffin, il fait nuit, une nuit claire et noire.
Une nuit sans lune.
Alors, dans la direction d’Orion, le vent solaire se frotte à notre terre et les particules s’entrechoquent. Un voile de lumière blanche puis verte s’étend, se déplace, se déploie. Une aurore boréale grandit.

Je sais voler au raz de l’eau dans la mer très forte et de nuit.
Je sais voler jusqu’à l’ionosphère si j’en ai envie.

 

Tempête ordinaire et Nanoq

Entre la terre de Baffin et le Groenland. Dernière traversée.

Quand j’ai regardé l’anémomètre pour la dernière fois, il indiquait 43 nœuds de vent apparent. Comme nous étions au grand largue, il fallait rajouter quelques nœuds pour connaître le vent réel et l’indiquer sur le journal de bord.
J’ai laissé 43 nœuds. Au-delà de 45, tout cela ne me regarde plus, je ne fais pas partie de ces éléments-là, ils ne sont pas dans mon monde, ils n’existent plus.
D’ailleurs, à la fin de mes quarts suivants et pendant deux jours, je n’ai plus regardé l’anémomètre, je n’ai plus noté le vent, j’ai bien vu qu’il n’avait pas faibli, bien au contraire.
Nous avions bien essayé de nous mettre à la cape, au moins pour passer la nuit, si sombre qu’il nous était impossible de voir les icebergs. Mais la trinquette, la petite voile avant, a tenu la cape quelques secondes, plus elle s’est déchirée. Alors nous avons continué en espérant qu’aucun iceberg ne traverse notre route.

Je n’ai plus regardé derrière le bateau. Quand je sortais du carré pour prendre la barre, je baissais la tête le temps de me retourner. Devant déjà, les vagues ressemblaient à des immeubles, la mer était grise, parfois blanche, se recouvrait elle-même par une épaisse couche horizontale. Elle s’invitait parfois brusquement dans le cockpit, jamais du même endroit.
A chaque début de nuit, il neigeait.
Le Baloum, imperturbable, avançait.

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Panorama du froid : Saint-Paul – Fondation Maeght © Jochen Gerner

Je regardais le baromètre, je ne regardais plus que le baromètre. Il ne cessait de monter, de monter en flèche. Depuis le début, depuis notre départ de Pond Inlet à quatre heures du matin, parce que la houle avait envahi la navy pass et que l’ancre du Baloum avait décrochée et que nous n’étions plus qu’à quelques mètres des rochers, je regardais le baromètre. Tant pis si nous n’avions pas assez de nourriture fraîche, il fallait partir, le baromètre montait déjà. Alors les isobares de pression allaient faire leur travail, le vent allait tomber, et si l’on en jugeait à la vitesse à laquelle il grimpait, il allait tomber d’un seul coup. Il suffisait d’attendre, de tenir.

Seulement voilà, nous avons mangé du Nanoq, heureux d’avoir de la viande rouge, notre seule viande fraîche pour toute la traversée. De l’ours polaire, donné rapidement par le gérant du supermarché de Pond Inlet, pour goûter. Sans savoir comment il avait été coupé, sans savoir comment il avait été congelé. Par contre décongelé n’importe comment, dans les cales du Baloum.

Et l’intoxication a attaqué les muscles. Ils sont devenus lourds, très lourds. À la fin de chaque quart, il fallait lutter pour manger un peu, pour se déshabiller, pour mettre ses affaires à sécher, pour réorganiser sa bannette pour que rien ne touche les parois ruisselantes, pour dormir même si le fond du duvet était trempé. Et puis se relever, quatre heures, cinq heures plus tard pour prendre son quart. Chercher des chaussettes sèches laissées près du poêle, enfiler le pantalon humide, la veste mouillée, les bottes froides, mais reprendre la barre.
Une barre déséquilibrée par la perte de la voile avant, dure, très dure. Parfois il fallait poser tout son poids, les deux mains sur un rayon, pour tenir le Baloum droit. Les épaules se sont mises à crier, les reins aussi, s’hydrater, s’hydrater encore. Tenter de manger quand même.

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Nanoq croisé depuis un van à Katovik

Au bout du troisième jour, le vent est tombé.
Le vent est tombé brusquement et ne prenait plus dans les voiles, il n’appuyait plus sur le Baloum, ne pouvait plus contrer les vagues, impuissant devant la houle qui persiste. Alors le corps n’avait nulle part pour se poser.
En mouvement, en tension, en tensions incessantes qui s’accumulent, épuisent, exténuent. Il faut tenter de préparer à manger, au moins une fois par jour. Au moins un plat chaud par jour.

Le moteur ? Impossible de le redémarrer. De l’eau est rentrée par l’échappement, les soupapes se sont bloquées.
Le capitaine et ses muscles vidés ont pris sur leurs heures de sommeil et ont pompé, et repompé, vidangé, et revidangé, pendant trois autres jours. Trois jours où nous avancions si peu, presque rien. Pendant un quart de nuit, j’ai battu le non-record de quatre miles en trois heures. Ce jour-là, je n’ai pas réussi à m’alimenter.

La cinquième nuit, le vent est revenu, suffisamment. Suffisamment pour apprécier son quart, suffisamment pour apprécier son sommeil. Puis il s’est de nouveau affaibli.

Pendant les derniers cent miles, il faut éviter de faire les calculs suivants : il nous reste 115 miles. Nous marchons à 2,1 nœuds en moyenne… ce qui nous fait un peu plus de 54 heures … deux fois vingt-quatre heures et six heures, soit sept ou huit quarts. Mais il est impossible d’éviter de faire ces calculs. Le moral tombe dans les chaussettes. Humides et froides.

Au bout de trois jours, après deux tentatives, le moteur a redémarré.
Pour les cinquante derniers miles.

Les courants eux ne se sont pas calmés et il a fallu tirer encore des bords. Tirer des bords au moteur. Mais nous avancions.
Nous avons aperçu l’île Disko.
Nous l’avons contournée.
Nous sommes arrivés à Aassiat au petit matin du septième jour.




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