Archive pour la Catégorie 'L’approche du passage'

Premières glaces

Translation Wainwright – Barrow

Quatre vingt dix miles.
Presque rien.
Une journée de navigation.

Quatre vingt dix miles de près.
Un peu plus.
On dit trois fois la distance.
Bateau glaces vue de haut
Quatre vingt dix miles de près et un pack de glace.
Un temps infini.

On est entrés, ressortis.
On l’a remonté au nord, descendu au sud.
Un immense pack, dédale de growlers, de floes, de jeunes glaces.
Peu d’eau libre, peu de polynies.
Un immense pack en arc de cercle qui ne cessait de grandir, de se détendre mais qui ne semblait pas vouloir se briser.
Le vent portait dans un sens, le courant dans l’autre, ils ne faisaient que resserrer le pack et la vision de falaises de glaces qui se referment autour de nous.
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Panorama du froid : Saint-Tropez (Var) – Quai Suffren © Jochen Gerner

On est entrés, ressortis.
On l’a remonté au nord, descendu au sud.
Ce devait être après le souffle, le grand jet d’eau qui nous a occupé toute une après midi au beau milieu de nos zigzags dans le pack.

Incroyablement puissant.

Et puis un dos, imposant, sans doute de la taille du bateau.
Et puis une queue de Baleine, au loin, au milieu des growlers, des floes et des jeunes glaces.

Je m’étais pourtant cent fois projetée dans une telle rencontre.
Je suis restée interdite pendant un bon moment.
Interdite en me disant qu’elle ne pouvait avoir ignoré la coque du bateau, elle lui faisait signe. Interdite d’avoir de telles pensées.

Jusqu’au moment où un petit phoque s’est approché de la coque.
Et puis il y a eu des morses.

Ce devait être après le souffle de la Baleine.
Nous nous sommes amarrés « cul à quai » sur un iceberg, pour réfléchir.
La carte glacielle indiquait bien de l’eau libre le long de la côte.
Ce devait être après le souffle d’une deuxième Baleine, un peu plus fine, plus blanche aussi.
Nous sommes ressortis du pack, nous avons trouvé une passe.
Depuis deux jours, nous n’étions qu’à une vingtaine de miles de Barrow.

90 miles : 162 kilomètres
20 miles : 36 kilomètres

The very rough picnic

Ce qu’il faut pour un very rough picnic en Alaska :
- une conducteur de travaux possédant quad et carriole,
- une toundra sans l’ombre d’une envie d’arbre,
- une base de la Dew Line laissée à l’abandon,
- du saumon boucané,
- un cake aux olives et un far breton,
- une lagune reflétant les couleurs du crépuscule polaire,
- quelques boîtes de pâté,
- des bottes, des bonnets, des lunettes, une bombe anti-moustiques,
- une veste ne craignant pas la boue,
- des carcasses de belugas, de caribous et de mammifères marins non identifiables,
- une lampe de poche pour escalader les radars et les bâtiments décrépis,
- une bande de marins ayant envie de voir ce qu’il se passe dans les terres.

Secouer le tout dans la carriole pendant deux ou trois heures.
Dew line
Note complémentaire :
Le dew line est le système de radars que les Etats-Unis ont développé en 1954, pendant la guerre froide pour détecter toute intrusion soviétique. Elle est devenue obsolète quand les missiles balistiques intercontinentaux ont fait leur apparition. Depuis 1990, les Etats-Unis ont laissé la gestion des bases canadiennes au Canada, pyralène compris.

- Le temps de l’escale : Wainwright

Marin nous sommes. Attachés au déplacement, à la translation, au départ.
Au départ décidé à un moment précis par les lois de la nature. Le temps de l’escale en dépend, en dépend exclusivement.

Certes à chaque fois, il faut tenter de trouver de l’eau, du frais, de l’essence, internet et une douche. Certes nous avons inventé toutes les méthodes possibles et inimaginables pour nous donner des indications tangibles : la météo nationale, les logiciels de marée, les cartes des glaces.
Mais si, au petit matin, après le dîner ou en plein après-midi, le vent est bon et le baromètre un peu stable, alors nous repartons. Comment l’expliquer aux terriens. Il y a un moment où le capitaine nous dit, on repart. Et rien n’y fait, on repart.

Tans pis si nous n’avons pas pu assister au retour de la chasse au Beluga, tant pis si nous aurions voulu passer plus de temps avec les uns ou les autres, tant pis si nous avions promis aux jeunes de venir jouer au basket.
Nous repartirons parce qu’une somme d’éléments naturels nous l’indique. Ce sera demain, après-demain, dans quatre jours.
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Panorama du froid : Mont Doré (Puy de Dôme) © Jochen Gerner

A Wainwright, plus qu’ailleurs, je regarde les eskimos. Des eskimos chasseurs de baleines, comme il y en a d’autres, chasseurs de caribous ou de boeufs musqués.
Sédentarisés, dans des maisons individuelles disséminées dans la ville, posées sur des pilotis plantés dans le permafrost.
Des maisons qui n’avaient pas l’eau, il y a encore sept ans.
Des maisons aujourd’hui surchauffées.

J’imagine que les chocs thermiques de l’hiver obligent les uns à rester devant la télé plutôt que de partir à la pêche au trou sur la banquise. Pendant que les autres s’abandonnent à la vie moderne en amenant leurs enfants à une heure précise à l’école, où en décidant une heure pour le repas familial, une heure renégociée quotidiennement au téléphone portable. L’école, le téléphone et le repas familial, trois éléments que, nous, européens lettrés nous ne saurions critiquer.

Pourtant, il y a peu de temps, jusqu’au milieu du XXe, le temps quotidien des eskimos ne répondait pas à ces rituels occidentaux, on attrapait un morceau de viande congelée quand on avait faim, on apprenait au sein de la famille ou du clan, on allait pêcher quand le temps était bon, on dormait quelle que soit l’heure. Aujourd’hui, de 7h à 19h, le restaurant sent la friture des hamburgers et les frites. Aujourd’hui, de la viande de phoque sèche devant les garages des skidoo.

L’eskimo se meut dans deux espaces-temps contradictoires. L’un se rétrécit à très grande vitesse pendant que l’autre l’engloutit. Qu’est ce qui fera que tout un coup, dans une heure, un jour, une semaine, le village va entrer en effervescence pour partir à la chasse à la baleine ? Qu’est-ce qui fait que l’on remontera l’ancre pour Barrow ? Ce qui nous relie, marins et eskimos, ne répond à aucun ordre sociétal, cela ne répond qu’à la nécessité de poursuivre notre chemin, un peu plus loin. Juste parce que la nature en aura décidé ainsi.
famille wainwright

Je suis un eskimo

Un quad avec des autocolants de pirates s’arrêtent devant nous.
But where U guys come from ???
France !
Waoh… Bonjour !
Outlaw
Et nous recommençons à raconter l’histoire du bateau qui est parti de Bretagne l’année dernière, qui a hiverné tout seul à Sand Point dans les Aléoutiennes, que nous avons rejoint par avion cette année pour le ramener plus près. Jusqu’au Groenland, peut-être jusqu’à Terre-Neuve.

Il faudra de nouveau raconter deux fois. Le temps de comprendre par où nous passons.
Par le Nord, oui, by the North, by the Nor’ West passage.
La prochaine étape ce sera Barrow et puis le Nunavut. Dès que les glaces le permettront.

What an adventure !

Mais vous parlez français ?
Non, je ne parle pas français, mais j’ai eu une petite amie française en Bretagne.

J’ai essayé de vivre là-bas. Avec elle.
Mais elle était un peu plus âgée que moi.
Et surtout, il n’y a pas de chasse là-bas. Qu’est-ce que je pouvais faire ?
Moi, vous savez, je suis un eskimo.
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Panorama du froid : Lagnes – Vue générale © Jochen Gerner

Je suis d’ici. J’ai été chasseur de baleine.
Aujourd’hui, je suis à la retraite, je n’ai plus envie de prendre des responsabilités pour les membres de l’équipage, qui disparaissent quand nous allons chasser.

Vous savez qu’on a aperçu des Belugas au large, nous attendons, tous les chasseurs attendent. Habituellement, nous le ramenons dans le lagon et là …

Ah, vous savez, je suis un eskimo.

Et l’on entend le temps nomade, le temps des chamanes et des igloos, celui de la société patriarcale, familiale qui se déplace pour chasser.
Celui des mangeurs de viande crue, d’où vient le mot eskimo.
Un mot qu’ici, contrairement au Groenland, on souhaite garder.

Playlist des glaces

Si je pouvais mettre de la musique par ici, sans me perdre dans des questions de piraterie et d’envies numériques, il y aurait :

Alela Diane – The Ocean – Pirate’s gospel
E.S.T. – Behind the Yashmak – Strange place for snow
Lou Reed – Caroline says II – Berlin : live at St Ann’s Warehouse
Steve Reich – Piano Phase – Another look at the counterpoint
Eric Clapton – Layla – Unplugged
Radiohead – Creep – Accoustic
Bob Dylan – I want you
Glenn Gould – quelque part dans les variations de Goldberg
Nick Drake – The river man
John Cage – In the Landscape – Americans !
Led Zepplin – Kashmir – Physical Graffiti
Bonjan Z – Dont’ buy ivory anymore – Solobsession
Dropkick Murphys – I’m shipping up to Boston
Arvo Prät – Palson – Kronos Quartet – Early Music
Janis Joplin – Piece of my heart
E.S.T. – Evening in Atlantis – Seven days of falling
Ben Harper – Take my hand – Ben Harper & the blind boys of Alabama
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Panorama du froid : Praha © Jochen Gerner

Jimi Hendrix – Hey Joe – The ultimate experience
Brad Mehdlau – Exit music – Art of the trio vol.3
Keith Jarret – Koln Concert, Part I
The velvet underground – Sunday morning – The Velvet Underground & Nico
Cinematik Orchestra – Ode to the big sea – Motion
PJ Harvey – Angelene – Is this desire ?
Satie – trois gymnopédie n°2 – Anne Queffelec
Amon Tobin – Marine Machine – So classic, It’s sounds so different
Laurent Korcia – Minor Waltz
Philipp Glass – Metamorphosis 1 – Piano Music
The Pogues – Dirty old town

En embuscade à Wainwright

Le passage arrive. Selon Willy De Roos, le deuxième skippeur à avoir franchi le passage (1977), il a même commencé depuis le Détroit de Béring.
Le 70è parallèle a été franchi ainsi que le Icy cape qui ne porte pas son nom par souci poétique. Au petit matin du 3 juillet, les premiers growlers (petits glaçons) sont apparus et le slalom a commencé. Pendant les quarts, l’attention ne supporte plus de relâchement, il n’est pas question de heurter une plaque gelée qui se dissimule souvent derrière la houle ou les déferlantes.
Le 4 juillet, nous approchons de Wainwright après une remontée au près, précise, de plus de vingt-quatre heures. Le vent mollit et le moteur en route, nous apercevons des taches brunes sur la banquise : des morses se prélassent, quantité de morses se prélassent. Pris par surprise dans leur sieste, ils ne réagiront que très tardivement à notre approche et plongeront dans l’eau pour être tranquilles.
À Wainwright, de nouveau, nous retrouvons la chaleur des habitants du Nord. L’hôtel ouvre sa cantine pour nous et une chambre pour que nous prenions une douche. J’ai toujours la même petite pensée européenne, il nous est impossible d’imaginer la réciprocité.
Les prévisions pour l’ouverture du passage sont bonnes, même s’il est encore fermé après Barrow, encore pris par les glaces côtières. Il s’agit tout de même du village le plus nord du continent américain.
Alors nous attendrons ici, patiemment.
Et puis un nouvel équipier doit nous rejoindre, mais ce ne sera pas avant le 17 juillet.

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Panorama du froid : Vaucluse – Menerbes – L’Hôtel de Ville © Jochen Gerner

Le Nadir et les Tchouktches

Le quart de minuit commence à 11h30. Il faut alors sortir du duvet, s’habiller, prendre les dernières nouvelles. Puis la barre, pour la première demi-heure, le temps de se réveiller. Un thé pendant la seconde demi-heure, le temps de se réchauffer. Et ainsi de suite pendant quatre heures.
Le quart de minuit du 2 juillet a commencé à 11h30.
Encalminés m’a-t-on dit.
Mer d’huile.
Pas un noeud de vent, pas un souffle.
Rien de rien sur la mer des Tchouktches.
La glace était là hier. En s’échappant, elle a peut-être brisé toute la houle, toute la brise. À moins que nous ne soyons au cœur de l’anticyclone.
Le quart de minuit a commencé à 11h30.
Prends des lunettes m’a-t-on dit.
Encalminés et ensoleillés.
Pleins feux sur le Nadir : le soleil est au nord et ne se couche plus, le point le plus bas de sa révolution se prend bien au-dessus de l’horizon.
Il éclaire le premier ice blink, une grande bande blanche qui indique des glaces.
Du coté du Cap Dyer, on aperçoit une petite banquise.
Les repères me quittent.

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Panorama du froid : Brest (Nord-Finistère) La tour Tanguy © Jochen Gerner

La mer des Touktches.
Très très violente m’avait on-dit.
Le seul repère géographique qui porte un autre nom que celui donné par les explorateurs ou les marchands de fourrures.
La mer des Touktches, de ce petit peuple du nord de Sibérie, à portée de jumelles dans l’après-midi.
Les Touktches, déstructurés par le communisme, oubliés par le capitalisme.
Les Touktches à propos desquels on trouve intéressant de faire un reportage pour Thalassa, de montrer la grandeur d’un peuple animiste, clanique, nomade, chasseur maritime, éleveur de rennes.
De montrer la sédentarisation et de nouveau alcoolisme, suicides.
De montrer la honte quand la baleine ne pourra plus être partagée. Elle doit maintenant être pesée, taxée et vendue, au plus offrant, pas au clan.

Le cercle polaire arctique

Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet.
Enfin une sorte de nuit.
Du moins, dans ma cabine pour mieux tromper le sommeil.
J’avais demandé que l’on me réveille, pour voir les traits et les pointillés sur l’océan.
J’ai jeté un œil dehors, point de traits, point de pointillés. Même aux jumelles.
Alors, j’ai attendu avec Arielle et Patrick assis devant la table à cartes. Quand il a indiqué le cercle polaire arctique, 66°33’ Nord, le GPS a rougi sous les flashs des appareils photos. On lui devait bien ça, avec tous les services qu’il nous rend.
Bientôt les 70es de latitude nord et le vertige d’être aussi haut.
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Panorama du froid : Staatliche Schlösser und Gärten Potsdam-Sanssouci © Jochen Gerner

De l’autre côté, si l’on prend appuie avec un compas sur l’équateur, il fait nuit 24 heures sur 24. Et c’est une toute autre histoire. Ne serait-ce qu’au niveau des températures : quant au pôle nord, les températures moyennes annuelles sont de -20°C et -50°C au minimum enregistré, au pôle sud, elles sont de -49°C en moyenne et -88°C pour la plus basse observée.
Une toute autre histoire donc, un continent Antarctique contre un Océan Glacial Arctique. En bas, c’est un continent que l’on protège examine, calcule pour qu’il devienne à jamais une réserve naturelle mondiale. En haut, un océan, dont on jalouse les réserves naturelles encore inexploitées, surtout celles de la frontière d’à côté.

Cours de glace

Issue des notes de Thierry Fabing
Le chemin à suivre se repère de l’avant ou en tête de mat. On cherche l’eau libre, repérable par des mouvements de houle très faibles ou la couleur des nuages. La proximité de la terre rend les eaux plus chaudes, mais les petits fonds bloquent les icebergs.
Un bateau à étrave renforcée peut tailler sa route dans une zone de glaces flottantes à la dérive, le pack, tout dépend de sa densité, indiquée dans les cartes des glaces en dixième. Au-delà de trois dixième, il ne doit pas s’engager dans le pack sans nécessité, sans vivres, sans moyens radios. Il doit alors rechercher les zones de glace les plus fines, récentes et sans hummocks.
Le pack travaille, il se serre et se détend souvent, au moins deux fois par jour au rythme des marées. Une fois dans la zone, le bateau monte sur la glace qui brise sous son poids. Si besoin, il doit battre arrière, écarter les glaçons au grappin et recommencer.
Le pack peut aussi se fermer complètement sous l’action du vent. Si le bateau est pris par les glaces quand elles se soudent, il faudra attendre, parfois plusieurs années avant qu’il ne se détende. Il lui sera alors utile de savoir que la glace d’un an n’est bonne à rien, de deux ans, elle peut servir pour la cuisine, de trois ans pour faire le thé.

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Panorama du froid : Pirineo Aragones – Tella © Jochen Gerner

Vocabulaire :
- Iceberg : gros bloc de glace d’eau douce, détaché des glaciers. Leur tirant d’eau peut être de six à dix fois leur tirant d’air. Ils se modifient continuellement en fondant ou en perdant des morceaux. Ils basculent, se retournent et trouvent un autre équilibre.
- Banquise : surface de mer gelée.
- Pack : zone de glaces diverses flottant à la dérive.
- Growler : bloc de glace d’eau douce, détaché des icebergs.
- Hummocks : empilages de plaques sur la banquise qui se compresse.
- Floes : plaque de glace en dérive, en général de moins de trois mètres d’épaisseur.
- Ice blink : ligne blanche visible sur l’horizon, signale la présence de glace.
- Ice foot : glace côtière, eau de mer gelée jusqu’au fond, insensible aux vents, aux marées et aux courants. Elles fondent beaucoup plus tard que les autres glaces à la débâcle.
- Ice field : champs de glaces.
- Slush Ice : cristaux de glace de mer récentes, présents dans les canaux d’eau libre du pack. Ils donnent à la mer un aspect huileux.
- Velage : glaciers marins qui occupent pour la plupart le fond des fjords, la glace s’en échappe et se fraie un chemin jusqu’à la mer, à la manière d’un torrent. Le fleuve de glace paraît immobile, mais il avance lentement, parfois des centaines d’années. Une falaise de glace fait front à la mer. Sous la poussée du fleuve et du travail de la mer, des pans entiers s’effondrent libérant des icebergs. En bateau, ne pas s’approcher des glaciers à moins de huit cents mètres.
- Nunataks : pointes rocheuses, dépassants de l’inlandsis.
- Polynies : chenal d’eau libre résultant du morcellement de la banquise.
- Wackes : étendue d’eau libre dans le pack.
- Williways : rafale de vent vertical.
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Panorama du froid : Bizerte – Le Vieux Port © Jochen Gerner

Instruments de navigation :
- Le radar reçoit un bon écho des icebergs mais pas des glaces basses sur l’eau comme les growlers, les floes. Il est inutile dans les chutes de neige, la pluie et les grains, même l’anti-clutter-rain montre des performances réduites.
- Le sondeur : les zones boréales sont toujours très mal cartographiées et les profondeurs ne sont indiquées que par quelques tracks qu’ont relevés les brise-glaces à leur passage. Le sondeur n’est pas très utile pour se repérer. Par contre, la hauteur émergée d’un iceberg échoué permet d’évaluer la profondeur à cet endroit (environ sept fois la hauteur émergée).
- Le compas : inutilisable dans le passage.
- Le GPS fonctionne mais la couverture est mal assurée.
- La visibilité est fréquemment réduite en été par la brume, la pluie et la neige.

The last frontier

Jusqu’à ce qu’on l’aperçoive, l’île n’existe que dans la virtualité d’une carte, d’une position GPS. On en comprend à peine la grandeur. Un point est indiqué pour le village, mais qu’est-ce que cela veut dire. Surtout quand il n’y en a qu’un. Un port, un alignement pour y rentrer, quelques indications sur du papier.
Dans l’approche à la voile, tout est une question de visibilité. On perçoit petit à petit ce que l’on avait deviné sur la carte. Une petite ombre à l’horizon devient plus grande, se noircit puis se précise. À chaque fois, j’ai envie de crier « terre, terre », et je pense aux pionniers, aux découvreurs, à ceux qui se sont lancés sans savoir, aux premiers cartographes.
Nous sommes partis de Nome pour frôler la dernière frontière, à la toute fin de la carte maritime, à la toute fin des mondes : un gag géographique. Au milieu du détroit de Béring, deux avant-postes ridicules, l’un russe, l’autre américain. Deux petites îles à portée de jumelle, séparée de quatre à cinq kilomètres : la petite et la grande Diomède.
Pour la petite Diomède, pas de cartes de détails. Pas de phare, non plus. À quoi servirait un phare à une île dans les glaces quand il fait nuit et libre de glace quand il fait déjà grand jour depuis longtemps. La grande Diomède n’est pas envisageable, nous n’avons ni l’envie, ni les autorisations nécessaires.
A bord, l’imagination va bon train… Que va-t-on trouver ? Une base militaires super développée, des sous-marins, des cost-gards en hélico, James Bond en personne.
Après une journée de navigation, et une approche dans la brume, nous mouillons devant un village sordide, quelques maisons décrépies, un cimetière. Pas de ponton. Nous utilisons le zodiac pour arriver par une passe indiquée par des locaux qui nous font signe depuis la terre. La mer est agitée et elle me coûtera mon premier bain à cette latitude.
Pour la première fois, les locaux n’ont pas le sourire ni la blague au bord des lèvres. Ils ne nous aident pas à amarrer l’annexe. Ils nous regardent hébétés. Ils ne nous demandent pas ce que nous faisons ici, ils nous demandent cent dollars par personne pour rester. Nous ne comprenons pas. Les regards sont tristes, marqués, déficients parfois. Nous ne voulons pas comprendre.
Nous remontons dans l’annexe et repartons sans explication.

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Cerbère (Pyrénées-Orientales) – Vue générale © Jochen Gerner

Quand nous levons l’ancre, la brume s’est levée sur la grande Diomède incroyablement proche. En face, à l’Ouest, à dix minutes de skidoo en hivers, c’est l’Est qui commence. Il est aussi 13 heures, mais le jour précédent. De part et d’autre, depuis la guerre froide, les habitants n’ont plus le droit de se parler, de s’amuser, ni de s’aimer.
Nous ne voulons pas comprendre, mais un grand malaise nous prend.
Un grand malaise que nous laissons sans doute aux habitants que nous n’avons pas pris le temps de rencontrer.

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