Ni en mer, ni à terre

Ilulissat, pas dans le pub mais en dessous, après la porte coulissante, celle qu’on laisse entre ouverte, en bas des escaliers dégueulasses. Ce pourrait être au Panama’s Jack à Capetown, au Ti Beudeff à Groix ou chez Peter à Horta.

Il est de ces lieux singuliers, ailleurs, des lieux où la réalité n’entre pas, où les langues se délient rarement, on apprend à se taire, à écouter, où l’on respecte chacun, sa fragilité, son intériorité, ses silences.

Un plongeoir dans le dernier verre avant le grand départ, celui dont on reviendra différent, humble, changé.

Un phare, ultime recueillement avant l’immersion dans la vraie vie, celle des autres, ceux qui restent et qui nous attendent patiemment sans réellement comprendre pourquoi l’on est parti, ni pourquoi l’on revient.

Une écluse, parce qu’aucun terrien ne pourra ressentir ce qu’il s’est passé là-bas, en mer, alors il vaut mieux se vider ici avant de repartir. Des tempêtes ? Peut-être. Un grand calme ? Certainement. Mais qu’est ce qu’il se passe toute la journée là-bas ? Rien. Je pense, et puis au bout d’un moment, je ne pense plus ; je regarde l’océan

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Panorama du froid : Budapest – Atrium Hyatt Szàllò © Jochen Gerner

Ça pue la sciure, parfois le poisson pourri, ou bien un mélange d’algues et d’iode. Ça poisse sur les tables, il ne faut pas trop regarder dans les coins tant la crasse est intense. Ça respire la nostalgie, les rides, les visages tannés qui ont vieilli trop vite. La bruine est entrée, l’humidité s’est mêlée à la fumée, pourtant, dans tout ce flou, les regards sont perçants, vifs, brillants, le verbe est sec, la phrase courte, directe, cinglante comme un virement qui s’est passé trop vite.

Ce sont des mains calleuses, des mains énormes qui attrapent une pinte ou un verre de rhum. Ce sont des dos courbés qui se tournent lentement quand un ciré, encore salé, pousse la porte. Il faut le protéger, l’entourer avant qu’il largue tout pour un autre port, encore plus loin, de l’autre coté, ou pire, avant qu’il quitte ses bottes et retourne en ville.
Et puis, il faut le laisser repartir, seul, sans le juger.

Sas de recompression.
Ni en mer, ni sur terre, juste au milieu.

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